• 68 ) La mort intérieure

    Il est tard dans cette nuit où je parviens enfin à structurer le début de mon texte. A mon niveau c’est un travail de Titan. Je dois lutter contre des sentiments fallacieux et archaïques. Des codes de civilisation que je porte comme tout le monde greffés dans la mémoire profonde. D’autant que je me suis trop longtemps fourvoyé dans l’écriture d’un récit bourré d’éléments convenus. Une erreur quasiment mortelle qui faillit me coûter bien plus que la vie. En effet je n’avais pas échappé à l’illusion de réussir mon histoire dans le sens le plus classique du terme. Comment aurais-je pu ? N’importe quel auteur fut-il le plus modeste sombre dans le miroir grossissant de son ego, il oublie la vérité pour des attrape-nigauds qu’il voit pendre au sommet d’arbres aux branches mortes. Les hommes ne vivent que dans la fiction décadente qu’ils croient mesurer au travers des flatteries. Or les flatteries comme les récompenses de toutes sortes se paient en retour par un prix écoeurant. Celui de la veulerie et des soumissions de l’âme assoiffée de désirs malins et vils. Pour ma part j’étais prêt à mourir pour briser le plafond de verre. Mais la folie des contradictions inhérentes à la condition humaine qui m’enserraient comme des flammes ont bien failli l’emporter. Le pire est que je connaissais ce qui m’attendait en cas d’échec, un cercueil vivant, le cauchemar d’une mort semblable à nulle autre. C’est le prix à payer terrible et vertigineux. (Je m’en expliquerais) J’en connaissais le montant au centime près, je l’avais fixé moi-même. Donc voici que je comprends enfin ce qui cloche dans mon histoire. C’est qu’il m’est tout simplement impossible de l’écrire ou même de l’inventer avant de l’avoir vécue pour de vrai. Je définirais ceci comme un jeu de la mort intérieure, une expérience sacrée. Cela n’est aucunement un travail d’auteur. Je ne peux l’être dans cette tâche, mais un explorateur qui court le risque de se transformer en cobaye de sa propre folie. (Ne jamais perdre le contrôle du jeu). Sachant que je m’offre en direct et ne dispose que de mots et d’images pour assurer ce destin. Les anciens Dieux dans leur lumière éternelle possédaient le Verbe quand ils ont misé gros. Seulement ils ne contrôlent plus depuis que cinq pour cent du destin, (c’est une estimation). Mais ne les plaignons pas, telle était leur volonté et ils avaient leurs raisons. ..

     

    Et (l’Archonte) souffla dans le visage de l’homme et celui-ci devint psychique,5 sur la terre pour longtemps. Ils ne purent donc pas le mettre debout en raison de leur impuissance.

    Ils persévérèrent, tels des tourbillons, afin de capturer cette ressemblance qui leur était apparue dans les eaux, — mais sans savoir quel était 10 son pouvoir. — Tout cela cependant arriva par la volonté du Père du Tout.

     

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